Saturday, December 16, 2006

war games

Aux portes du camp de l'US Army, une vingtaine d'Irakiens manifestent aux cris de "Yankees go home" (en arabe). La foule est hostile, les militaires nerveux. Ils donnent l'ordre aux Irakiens de reculer; l'un des soldats tire en l'air, mais les manifestants ne renoncent pas. Un délégué est finalement reçu par un gradé, accompagné d'un interprète. Il explique que la population locale est excédée par la présence des Américains, qui créent plus de problèmes qu'ils n'en résolvent.















Plus tôt dans la journée, dans le village voisin : des militaires américains et des policiers irakiens procèdent à des contrôles d'identité et arrêtent des terroristes présumés sous les cris de protestation des habitants. Puis, alors que la patrouille est déployée sur la place principale, un sniper prend les soldats pour cible. Sa maison est vite repérée; les Américains courent le long des murs, enfoncent la porte, tuent le tireur et son complice, avant de se replier vers leur base. Au retour, un militaire s'en prend violemment à ses camarades : ils étaient partis trop vite, le laissant seul au milieu du village; il aurait pu être en grand danger. La veille, dans un autre village : une voiture piégée a explosé et tué une vingtaine de civils irakiens.




Journées ordinaires pour l'armée américaine, après trois ans et demi d'occupation d'un pays qui a sombré dans la guerre civile. Sauf que nous ne sommes pas en Irak, mais en Californie, dans le Mojave Desert, au sud de la Vallée de la Mort et à trois heures de route de Los Angeles. Tous les Américains qui partent pour l'Irak doivent maintenant suivre une formation comme celle dispensée ici, à Fort Irwin. Pendant quatorze jours, au milieu de la caillasse et de la poussière soulevée par les Hummvees, les soldats sont plongés dans un jeu de rôle géant : plusieurs villages ont été reconstitués sommairement; des compagnies ont été mobilisées pour jouer le rôle des Irakiens; 250 civils nés en Irak ont même été recrutés. Ils n'ont pas le droit de parler anglais. Américains et "Irakiens" interagissent sur la base de ce qu'il se passe vraiment en Irak.



Pour les soldats, le but de l'entraînement est double : apprendre à évoluer et survivre en milieu de guérilla; apprendre à mieux se comporter et mieux comprendre la population locale pour éviter les bavures. Difficile combinaison : il faut
être conscient que derrière chaque habitant peut se cacher un insurgé, mais ne pas tirer dans le tas et aider la population. Pendant deux semaines, sous l'œil de leurs instructeurs, les militaires vont donc vivre les situations qu'ils revivront plus tard, en vrai. Et comme en vrai, chaque faux pas a des conséquences; les "Irakiens" seront plus ou moins amicaux selon le comportement des Américains. Défoncer la porte d'une mosquée et la fouiller bottes aux pieds : pas glop. Savoir quelques mots d'arabe : glop-glop. Fouiller une femme au milieu de la rue : pas glop. Disperser calmement une manifestation et discuter avec les habitants : glop-glop. Etc.


Il y a vingt ans, dans ce même désert, il y avait à la place des Irakiens des soldats déguisés en russes. C'était plus simple : une armée d'un côté, une armée de l'autre; good guys, bad guys. C'était le bon vieux temps... Comme nous l'a dit, off the records, un des militaires avec qui nous avons discuté : "Mais qu'est ce qu'on est allé foutre là-bas ?"




A part ça, j'ai visité un tank, et rien que pour ça, ça valait le coup.


4 commentaire(s):

A&A from ChroniquesDC said...

SOT?

Anonymous said...

C'était comment, dans le ventre du monstre de fer ? Soit dit en passant, tu es plus sympathique sans casque sur la tête. Bis bald !

Tristan said...

Tu as peut-être entendu parler d'un documentaire historique appelé "Indiania Jones et la dernière croisade". La fin du film donne une vision assez réaliste de l'intérieur d'un char (quoique d'un modèle différent).

Francky said...

Moi aussi j'suis déjà monté dans un tank pour un reportage. C'était à côté de... Saint-Omer, dans le Pas de calais.